Le temps d’une nuit

En pénétrant dans cette ancienne demeure coloniale, on part à la rencontre du passé, les murs fatigués par le temps tombent en ruine, la peinture se décolle, pourtant deux artistes, le chorégraphe Sébastien Ly et le compositeur An Ton That font revivre cet endroit le temps d’une nuit.

A travers les salles on découvre plusieurs formes d’arts : danse, peinture, photographie… Dans l’ancien CDI, un mur détruit par le temps, et sur ce mur, des fleurs collées. Des fleurs, des fleurs rouges. Pourquoi? La fleur ne meurt jamais, au dernier moment de son existence elle disperse ses graines et avec le temps elles volent vers l’avenir. L’artiste veut ainsi redonner vie au passé, il offre une seconde chance à cette ruine.

En montant les étroits escaliers, on pénètre dans une ancienne salle de classe, des personnes assises en tailleur observent une scène vide. Puis un duo de danseuses arrive : les corps qui se rencontrent puis se quittent, les bras se referment sur un corps qui essaye de prendre son envol ; même si le présent nous échappe il est toujours rattrapé par le passé, qui l’enferme. Ces danseuses expriment cette rencontre du passé et du présent.Nous ne pouvons pas échapper au passé, nous ne pouvons pas l’effacer, il fait partie de notre identité, surgit n’importe quand faisant revivre les souvenirs. Il est emprisonné en nous comme nous le sommes de lui.

Dans la salle suivante, un autel des ancêtres avec une photo. Puis six danseurs se placent en cercle, il commencent à bouger selon des mouvements de rites funéraires, il prient pour les êtres qui ont quitté ce monde. Ils dialoguent également avec les dessins de Florian Nguyen.

Lorsqu’on franchit les murs de l’ancienne classe de grande section, les murs vides accueillent les photos de Hoho Lin et de Sébastien Ly. Ce dernier montre une opposition entre le passé et le présent, mais également le deuil, l’acceptation du départ. Les légendes des photos : Envol, Cendres, Traversées, Départ montrent que la mort emporte l’âme vers un ailleurs, il devient ensuite un souvenir. Les photos de Hoho Lin me semblent étrangement familières même si je ne connais pas l’endroit représenté. Je ressens de la mélancolie pour ces lieux délabrés, des endroits qui auparavant étaient en vie comme un théâtre abandonné à Taïwan, souvenir d’une identité incertaine et de temps troublés.

Je termine ma visite par l’ancien gymnase, la salle est sombre, seule une lampe vient éclairer les danseuses. Leurs chorégraphies accompagnées d’un violoncelle qui pleure me font ressentir de la nostalgie : je me suis replongée dans mes souvenirs de l’école primaire. Des éclats de rire me reviennent, nos pas d’enfants sur le tapis de sport, la voix de la maîtresse. Je me revois assise au milieu de ma classe, innocente. J’aurai voulu que d’autres générations d’enfants vivent ce que j’ai vécu à cet endroit, mais le bâtiment est mort et emporte avec lui le futur.

Cette exposition fut très forte en émotions, elle a réussi à m’emporter dans le passé… Le fait qu’elle se déroule dans mon ancienne école primaire, sur le thème de la mémoire, a réveillé en moi beaucoup de souvenirs, le temps d’une nuit…

MALRIC Quynh Ly

img_0227

One Reply to “Le temps d’une nuit”

  1. C’est merveilleux comment cette exposition peut t’inciter tant de mémoires et de nostalgie. J’aimerais moi aussi entendre à nouveau les éclats de rires d’enfants, la voix des maîtres et des maîtresses rebondie sur les murs, respirer à nouveau l’odeur des dok champa que je cueillais si souvent dans mon enfance…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*