Grain de riz n° 60 : Deux rédactions parallèles

Les 5B et les 5C ayant lu un extrait du Roman de Renart, ils devaient réutiliser certains des mots qu’on y avait trouvés et expliqués dans un texte de leur invention. Ces mots étaient les suivants: “châtiment, gibet, potence, couard, pécheur, se repentir, touché, se porter garant, vaillant, croisade, foi, attester, bourdonnement, consentir, fétu, gage, infliger, affliger”. La rédaction du texte s’est faite en commun, en agrégeant et discutant les propositions des uns ou des autres. Tous les mots de la liste n’ont pas été utilisés, mais les deux classes sont parties de la même liste, et voici les deux textes fort dissemblables qui en résultent. A vous de voir celui qui aura votre préférence.

Mon cousin Jules

rédaction collective des 5B
L’amoureuse et l’abeille

rédaction collective des 5C

Jules lui avait infligé une profonde blessure avec un long couteau effilé, mais un peu rouillé. Mon cousin était parti à la chasse avec cette arme qu’il avait trouvée dans la poubelle. Brandissant son épée imaginaire au poing, il s’était vaillamment enfoncé dans la forêt.

Je suivais mon cousin Jules à la trace comme un petit chien parce qu' il m’avait invité dans sa cabane. En chemin, nous rencontrâmes quelques champignons appétissants… Je proposai que nous les cueillions, mais Jules n’y consentit pas: Il les tranchait comme un fou, il sautait continuellement à droite et à gauche, et même il plongeait parfois tête la première dans les feuilles pour se camoufler. En effet, une énorme amanite tue-mouche rouge sang, tachetée de points blancs, l’avait effrayé, ce couard ! L’ennemi semblait dangereux, peut-être même vénéneux… Nous nous étions embarqués dans une étrange croisade.

Une fois arrivés, nous aperçûmes, recouvrant les murs, un tas de toiles d’araignée. Ça faisait sûrement un bail qu’il n’était pas venu. C’était l’ancienne maison abandonnée d’un garde forestier, que Jules avait retapée. Il l’avait bien aménagée en fabriquant avec quelques planches clouées un fauteuil, une table et deux chaises. Une magnifique pastèque trônait sur la table. Comment était-ce possible ? De toute manière, ça tombait à pic car j’avais très faim. Mais Jules bondit et planta son long couteau rouillé dans la victime. La malheureuse pastèque éclata : tel était son châtiment ! Elle était rouge sang !

Elle a touché mon cœur. Elle a levé la main pour attester le ciel qu’elle m’aimerait toujours. Elle me suivrait jusqu’au pied de la potence, s’il le fallait !

Une abeille elle aussi semblait m’aimer un peu trop. Elle bourdonnait joyeusement autour de moi, fonçait sur mon œil, butinait mon oreille, m'attaquait par derrière et jamais une seule fois je ne réussis à la chasser. Elle m’énervait tellement, elle allait voir le châtiment que j’allais lui infliger !

« Je t’aime et cela plus que tu ne l’imagines, et même que je ne l'imaginais ! Mais arrête donc de trépigner et de tourner dans tous les sens ! Tes yeux devraient être rivés sur moi. Écoute moi quand je te parle, et puis pourquoi cette abeille te tourne-t-elle toujours autour ! »

Mais après un dernier looping, l'abeille me piqua soudainement en plein sur le nez. Je sursautai et je criai de douleur. Je ne suis pas un couard mais je souffrais atrocement. Je portai la main à mon nez pour voir si je saignais. Il était enflé comme une poire.

Elle me regarda, dégoûtée, puis cria : « Quelle horreur! Te voilà défiguré : tu es affligé d’un nez écarlate et tout bosselé digne de Quasimodo ! Je ne peux plus t'épouser, tu ressembles trop à cette affreuse peinture de Ghirlandaio. »

Le cœur des amoureuses exaltées change plus vite que le vent.

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