Grain de sel n° 18: Le Banquet de Platon

Anthony Dallot, élève de Terminale A, résume ici Le Banquet de Platon:

Le Banquet (Platon)

Le Banquet” de Platon raconte l’histoire d’un festin où Socrate retrouve ses amis pour discuter du thème de l’Amour. Chacun (respectivement Phèdre, Pausanias, Eryximaque, Aristophane, Agathon et Socrate) prend son tour pour parler de l’Amour.

Le premier orateur, Phèdre, parle de l’importance d’avoir un amant, car le lien avec l’amant est “invincible” et l’amour permet des actions exceptionnelles. Pausanias fait la différence entre “l’Aphrodite céleste” (l’amour entre hommes, du corps et de l’esprit) et “l’Aphrodite populaire” (l’amour entre un homme et une femme qui possède un but purement sexuel). Eryximaque, le médecin, parle de l’amour d’une façon plus générale, l’amour de toutes choses. Selon lui, l’amour peut venir de la musique harmonieuse, de tout être inanimé et même des désastres naturels qui sont fruits des “dérèglement dans les mouvements amoureux qui relient tous ces éléments”. Aristophane, lui, parle de l’origine de l’amour : à l’origine, les humains étaient à la fois hommes et femmes, il les nomme androgynes.

Après Agathon, vient Socrate qui a la tâche difficile car il parle en dernier. Il possède une vision de l’amour qui diffère de tous les autres orateurs, selon lui, l’amour n’a pas toutes les qualités. Il parle d’une femme, Diotime, qui a dit que “l’Amour n’était ni beau […] ni bon”. Cela ne veut pas forcément dire que l’amour est mauvais et vil : il y a un milieu entre le beau et le laid comme il y a un milieu entre la science et l’ignorance, celui qui n’est pas savant n’est pas forcément ignorant. Le discours de Socrate diffère des autres qui voient l’amour comme un grand dieu, comme lui-même le voyait autrefois avant d’avoir rencontré Diotime qui lui a fait comprendre que l’amour n’est ni bon ni beau, il n’est ni un dieu, ni un mortel. Selon Diotime, l’amour est un grand daimon, un intermédiaire entre le mortel et l’immortel. Donc il ne faut pas attribuer à l’amour toutes les qualités comme le font les autres philosophes mais seulement les qualités que l’amour possède vraiment. Elle dit également qu’aucun dieu n’est philosophe car il sont déjà sages et qu’aucun ignorant n’est philosophe car il croit déjà être sage.

Le philosophe est, selon Diotime, celui qui aime la sagesse et qui cherche à s’instruire et à apprendre. Même étymologiquement, le mot philosophie est dérivé du mot φιλοσοφία en grec ancien qui signifie “amour du savoir”. On le voit vers la fin du discours de Diotime, elle prétend que l’Amour est tout d’abord à la recherche d’un beau corps, il se tourne ensuite vers une belle âme, pour enfin se tourner vers la source de cette beauté de l’âme : le savoir. Le discours de Diotime se clôt sur la beauté éternelle, le but de tout ces efforts.

Anthony DALLOT

Grain de sel n°17 : La fille de Phorcys

Anthony Dallot, élève de Terminale A, propose à la lecture de ceux qui passeront par ce blog le petit exercice de réécriture suivant, à partir de la nouvelle de Borgès intitulée La Demeure d’Astérion:

La fille de Phorcys

Les dieux m’accusent d’être hautaine, pleine d’orgueil et d’arrogance. Ces accusations ridicules, fruits de leur propre jalousie, m’ont coûté ma beauté et ma liberté. Depuis, je ne sors plus de ma caverne où j’y suis à l’abri des regards et des jugements. Pénètre chez moi qui le souhaite. Dans ma grotte où l’ombre règne, il ne trouvera aucune richesse ni d’inutile beauté féminine mais le calme, l’isolement et la paix. Il trouvera également un magnifique spectacle naturel, une gigantesque fourmilière de pierre endormie dans l’obscurité de la terre. À la tombée du soir, il m’est arrivé de sortir au village, je suis bien vite rentrée à cause de la peur et la souffrance que j’inspirais au gens normaux et banals, eux et leurs regards sans profondeur, leurs chevelures ordinaires. Ils s’immobilisent, pétrifiés de peur à la simple rencontre de mon regard. On me voit comme un monstre, pourtant, je ne veux de mal à personne.

Moi et mes sœurs, nous sommes uniques, je le vois bien. Les choses communes et les détails mineurs n’intéressent pas ma conscience. Ils me sont tous semblables. Une seule chose compte pour moi, un changement dans mon existence solitaire et monotone. Les nuits sont parfois insupportables.

Bien qu’il ne manque pas de distractions dans cette immense galerie souterraine, comme explorer toutes les cavités sculptées par mon aïeule Gaïa. Autrefois, mes sœurs me rendaient visite, Euryalé (celle qui voit loin) et Sthéno (la puissante). Nous nous amusions avec des jeux que nous faisions ensemble avant la malédiction. Mes sœurs sont les seules qui me ressemblent, qui ne me fuient pas. Nous discutions sans arrêt, nous faisions des jeux de mots, et nous rions toutes de bon cœur.

Le reste du temps je médite dans ma demeure, dans le calme et la tranquillité. Tous les endroits de cet amas de galeries se répètent indéfiniment, je suis condamnée à vivre le même jour éternellement. Rien n’est diffèrent dans cette demeure. Quand je me risque dehors, rien ne change, les temples, les habitations, les gens, la mer, se répètent également, tous, exceptée la fille de Phorcys.

Il arrive que d’autres pénètrent dans mon abîme, j’entends leurs pas et leurs respiration au fond des tunnels de pierres, et je glisse gaiement à leur rencontre, mais ils se glacent, se paralysent sans même que je les touche. Ils restent immobiles où ils sont, éternellement. Leurs corps inertes servent d’édifices dans ma demeure monotone.

Je ne perds pas l’espoir de rencontrer mon libérateur. Ainsi, la solitude ne me fait pas souffrir. Celui qui me délivrera de cette grotte je l’espère, me conduira dans un lieu moins morose. Je me demande comment il sera, un serpent ou un homme? Aura t-il des crocs ?

Un jour, le rédempteur vint. Les rayons du crépuscule resplendissaient sur le miroir d’Athéna où l’éclaboussure de sang noir avait déjà disparu. Persée offrit à la déesse de la guerre, la tête de Méduse.

Anthony DALLOT

Grain de riz n°61: Lauréats du prix Pousse-Crayon 2022

La sixième édition du prix Pousse-Crayon avait cette année pour thème “préposition + écran”, la préposition étant laissée au choix de l’élève. Cette année, six classes de Cinquièmes ont participé: trois de notre LFI Marguerite Duras (Vietnam), deux du lycée Charlemagne de Pointe-Noire (Congo), et une du collège Paul Bert de Drancy (France). Seul un texte par classe a été retenu dans la sélection finale, et les six textes finalistes ont été classés anonymement par un jury de dix professeurs émérites de différentes disciplines, certains à la retraite, d’autres toujours en exercice, qu’il convient ici de remercier:

  • M. BEAU Frédéric, Prof de Maths, LFI Marguerite Duras, HCMV
  • Mme EXBRAYAT Dominique, Prof d’Anglais à la retraite, Saint-Agrève
  • M. FOUCHER Philippe, Prof de Maths, LFI Marguerite Duras, HCMV
  • M. LAPAUW François, Prof d’Anglais, LFI Marguerite Duras, HCMV
  • Mme MKADARA Madina, Prof de Lettres, Collège de Tsimkoura à Chirongui, Mayotte
  • Mme POZNANCZYK ECKERT Irène, Prof de Lettres, École des Pupilles de l’Air, Montbonnot
  • Mme SISMONDI Sara, Prof de Lettres, LFI Marguerite Duras, HCMV
  • Mme STAIQULY Jocelyne, Directrice d’école maternelle à la retraite, Saint-Pierre d’Oléron
  • M. THARREAU Yannick, Prof de Maths, LFI Marguerite Duras, HCMV
  • Mme VITAL Danièle, Prof en école maternelle à la retraite, Nieul-sur-mer

(Remercions également les professeurs qui ont encadré les élèves dans la rédaction de ces textes, à savoir M. EL HAGE Sami du collège Paul Bert, Mme VITAL Émilie du lycée Charlemagne, Mme DUCOS Sarah et M. GIARD Fabien du lycée Duras…)

Enfin, après le classement final des six textes présélectionnés, trois seulement ont été retenus (ce qui est assez cruel car le quatrième était à un point d’écart du troisième !) Les 3 lauréats de ce concours d’écriture sont donc cette année, par ordre:

  1. Première: Maëlis KLEIN, élève en 5A du lycée Charlemagne, pour A cause de l’écran
  2. Second: Gabriel PHAN GAILLOT, élève en 5A du lycée Duras, pour Derrière l’écran
  3. Troisième: Maël NARVAEZ MARTIN, élève en 5B du lycée Duras, pour A travers l’écran

Bravo à Maëlis ainsi qu’aux deux jeunes gens qui l’encadrent modestement sur le podium ! Vous pouvez lire leurs histoires sur ce blog, et n’hésitez pas à laisser un mot en commentaire de cet article.

Fabien GIARD

 

Grain de riz n° 60 : Deux rédactions parallèles

Les 5B et les 5C ayant lu un extrait du Roman de Renart, ils devaient réutiliser certains des mots qu’on y avait trouvés et expliqués dans un texte de leur invention. Ces mots étaient les suivants: “châtiment, gibet, potence, couard, pécheur, se repentir, touché, se porter garant, vaillant, croisade, foi, attester, bourdonnement, consentir, fétu, gage, infliger, affliger”. La rédaction du texte s’est faite en commun, en agrégeant et discutant les propositions des uns ou des autres. Tous les mots de la liste n’ont pas été utilisés, mais les deux classes sont parties de la même liste, et voici les deux textes fort dissemblables qui en résultent. A vous de voir celui qui aura votre préférence.

Mon cousin Jules

rédaction collective des 5B
L’amoureuse et l’abeille

rédaction collective des 5C

Jules lui avait infligé une profonde blessure avec un long couteau effilé, mais un peu rouillé. Mon cousin était parti à la chasse avec cette arme qu’il avait trouvée dans la poubelle. Brandissant son épée imaginaire au poing, il s’était vaillamment enfoncé dans la forêt.

Je suivais mon cousin Jules à la trace comme un petit chien parce qu' il m’avait invité dans sa cabane. En chemin, nous rencontrâmes quelques champignons appétissants… Je proposai que nous les cueillions, mais Jules n’y consentit pas: Il les tranchait comme un fou, il sautait continuellement à droite et à gauche, et même il plongeait parfois tête la première dans les feuilles pour se camoufler. En effet, une énorme amanite tue-mouche rouge sang, tachetée de points blancs, l’avait effrayé, ce couard ! L’ennemi semblait dangereux, peut-être même vénéneux… Nous nous étions embarqués dans une étrange croisade.

Une fois arrivés, nous aperçûmes, recouvrant les murs, un tas de toiles d’araignée. Ça faisait sûrement un bail qu’il n’était pas venu. C’était l’ancienne maison abandonnée d’un garde forestier, que Jules avait retapée. Il l’avait bien aménagée en fabriquant avec quelques planches clouées un fauteuil, une table et deux chaises. Une magnifique pastèque trônait sur la table. Comment était-ce possible ? De toute manière, ça tombait à pic car j’avais très faim. Mais Jules bondit et planta son long couteau rouillé dans la victime. La malheureuse pastèque éclata : tel était son châtiment ! Elle était rouge sang !

Elle a touché mon cœur. Elle a levé la main pour attester le ciel qu’elle m’aimerait toujours. Elle me suivrait jusqu’au pied de la potence, s’il le fallait !

Une abeille elle aussi semblait m’aimer un peu trop. Elle bourdonnait joyeusement autour de moi, fonçait sur mon œil, butinait mon oreille, m'attaquait par derrière et jamais une seule fois je ne réussis à la chasser. Elle m’énervait tellement, elle allait voir le châtiment que j’allais lui infliger !

« Je t’aime et cela plus que tu ne l’imagines, et même que je ne l'imaginais ! Mais arrête donc de trépigner et de tourner dans tous les sens ! Tes yeux devraient être rivés sur moi. Écoute moi quand je te parle, et puis pourquoi cette abeille te tourne-t-elle toujours autour ! »

Mais après un dernier looping, l'abeille me piqua soudainement en plein sur le nez. Je sursautai et je criai de douleur. Je ne suis pas un couard mais je souffrais atrocement. Je portai la main à mon nez pour voir si je saignais. Il était enflé comme une poire.

Elle me regarda, dégoûtée, puis cria : « Quelle horreur! Te voilà défiguré : tu es affligé d’un nez écarlate et tout bosselé digne de Quasimodo ! Je ne peux plus t'épouser, tu ressembles trop à cette affreuse peinture de Ghirlandaio. »

Le cœur des amoureuses exaltées change plus vite que le vent.

Grain de riz n° 59: Parution de Perceval et Coronaviral

Voici enfin paru, en ce mois de juin 2021 où nous sommes toujours aux prises avec ce coronavirus insinuant et protéiforme, le récit conjuratoire intitulé Perceval et Coronaviral, que depuis deux ans écrivent 4 classes de 5èmes, et que viennent d’illustrer 4 classes de 4èmes sous la direction de M. Aucante. C’était jusqu’alors un feuilleton dont on a pu suivre plus ou moins régulièrement sur ce blog les épisodes: c’est maintenant un beau petit volume de 100 pages, appelé à prendre place sur les étagères de nos bibliothèques, et à survivre au coronavirus véritable dont il faudra plus tard rappeler l’existence pour bien comprendre le texte. Pour ceux qui n’ont pas la chance d’en détenir un des rares exemplaires papier (180 sont en circulation), il est toujours possible de feuilleter la version numérique que voici: Perceval et Coronaviral. Bonne lecture aux amateurs d’exploits!

Fabien GIARD

Grain de riz n° 58: Affiches de l’Ogrelet

Plusieurs générations de Sixièmes ont lu L’Ogrelet de Suzanne Lebeau ces dernières années au Lycée Marguerite Duras. Pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit d’une courte pièce de théâtre dont l’intrigue est la suivante: un enfant à la taille d’adulte va pour la première fois à l’école. Chaque fois qu’il aperçoit la couleur rouge, il sent en lui poindre certains appétits, gonfler une vague de violence carnassière qui risque de le faire basculer dans l’ogreté. Car son père était un ogre, et sa mère tente de le protéger de ce funeste atavisme en éloignant de ses yeux tout ce qui pourrait être rouge… Peine perdue, il lui faudra apprendre à dompter son instinct!

Après avoir étudié quelques affiches de ce spectacle très souvent mis en scène (on se rappellera en particulier la mise en scène de la Compagnie du 9 Thermidor ou bien celle de l’Accademia Perduta), on a demandé aux élèves de produire à leur tour des affiches pour la pièce: exercice de mise en page comme un autre permettant de synthétiser visuellement l’argument de la pièce et d’en exprimer l’émotion dominante… exercice difficile cependant, qui amène l’élève à réfléchir à l’importance de la place relative de tous les éléments dans la page et au pouvoir de signification de chaque choix esthétique, mais l’on a été surpris de voir que l’art de la composition est souvent très bien maîtrisé par de jeunes élèves. Qu’on en juge par ces quelques exemples des plus variés:

 

 

Grain de sel n°16: Perceval et Coronaviral (25)

NB: Les 5C et 5D de l’année 2019-2020 étudiaient Perceval de Chrétien de Troyes lorsque s’est déclarée l’épidémie du Coronavirus. Les cours ayant eu lieu en ligne pendant quelque temps, les deux classes se sont essayées à la rédaction collective d’une aventure inédite de Perceval. En 2020-2021, leurs successeurs de 5A et de 5D ont pris le relais de l’histoire au point où elle avait été interrompue, c’est-à-dire en pleine forêt, au bord d’une rivière périlleuse. Celle-ci a été livrée sous la forme d’un feuilleton plus ou moins régulier sur ce blog… en voici le dernier épisode, signé par leur professeur, qui devait mettre un terme à cette rédaction collective de longue haleine pour pouvoir transmettre dans les temps le texte aux illustrateurs. En effet, les Cinquièmes de l’année passée, aujourd’hui en Quatrième, doivent s’occuper d’illustrer l’histoire qu’ils ont commencé à écrire et que d’autres ont terminée à leur place. Ce travail, une fois achevé, devrait être publié dans sa totalité en fin d’année.

Pour mémoire:

– Ce sont là des paroles bien confiantes pour un simple paysan comme toi… Mais cela m’amuse… Soit, j’accepte ton défi, si toutefois tu veux bien me dire de quel défi il s’agit.

– Euh… Une course à cheval?

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Ici s’arrête la chronique de Perceval et Coronaviral… Le manuscrit s’interrompt brutalement, soit que le scribe n’ait plus eu d’encre, soit qu’il se soit endormi, soit encore qu’un tiers ait déchiré la fin du texte pour en faire des boulettes de papier, comme il arrive parfois.

Mais on raconte que Coronaviral éclata de rire. Il accepta le défi à condition que dans cette course, les chevaux n’iraient pas côte à côte dans le même sens, mais fonceraient l’un vers l’autre. Leurs cavaliers seraient munis de leur lance, de leur épée et de leur écu. Pour ce qui est du courage, aucun des deux n’en manquait !

Au premier choc la lance de Perceval glissa sur l’écu de Coronaviral, qui en profita pour lui asséner un coup terrible sur le heaume. Les chevaux firent demi tour pour s’élancer à nouveau, et au second choc, les deux lances se brisèrent simultanément, volant en éclats (L’un de ces éclats vint érafler la pommette gauche de Léodagan, qui en garda toute sa vie une cicatrice : il fut surnommé le Balafré et prétendit qu’il avait reçu cette blessure de la griffe d’un dragon qu’il avait vaillamment combattu pour délivrer une jeune fille prisonnière…)

Il n’y eut pas de troisième choc car, n’ayant plus de lance, les deux ennemis avaient mis pied à terre. Mais le géant au heaume écarlate fut déséquilibré et s’étala sur le sol, où le retint le poids de son armure. Perceval n’eut plus qu’à lui arracher, comme il est d’usage, l’aveu de sa défaite.

Lors du procès qui eut lieu en grande pompe, on apprit que Coronaviral et ses sbires avaient médité d’annexer les terres du village et de toute la contrée en se débarrassant purement et simplement de leurs habitants. C’est pourquoi ils avaient empoisonné les puits et les rivières. Mais ils avaient eu pour cela besoin de la connivence du grand échevin, lequel en échange de la promesse d’ailleurs peu fiable d’être fait sous-duc, avait accepté de trahir son peuple. Telle est la puissance de l’attrait des honneurs sur les âmes viles. Tout ce beau monde fut condamné à éplucher les haricots jusqu’à la fin de ses jours. Certains demandèrent à avoir plutôt la tête tranchée, mais cette grâce leur fut refusée.

Les Italiens rentrèrent chez eux, riant et devisant, se racontant tour à tour les aventures qu’ils avaient pourtant vécues ensemble, pour le simple plaisir de les entendre d’une autre bouche… Ces récits furent d’ailleurs repris dans le rapport de mission qui fut remis au grand Doge de la République de Venise, et lus lors d’une séance exceptionnelle du Concio. C’est de sa traduction que nous tirons les événements qui manquent au manuscrit français.

Les villageois voulurent élire Perceval grand échevin, mais celui-ci déclina leur offre. Le souvenir de sa mère était devenu si poignant qu’il décida de retourner chez lui, pour la rassurer sur son sort et la soutenir dans ses vieux jours. Il repartit donc sur son blanc destrier, tout environné d’acclamations qu’il entendait peu, à la recherche de la clairière de son enfance.

Un nouvel échevin fut élu au village (ou plutôt nommé par le grand feudataire du pays avec l’approbation des notables locaux…) Après quelque temps, il proposa d’utiliser ce vieux terrain plein de fougères qui ne servait à rien derrière l’église. On pourrait y bâtir un nouveau palais, car celui où il résidait était un peu étroit… et surtout on pourrait y loger les riches négociants de passage qui jusqu’alors boudaient le village ! C’était une pluie d’or assurée pour tout le monde ! Mais ce projet rencontra une vive hostilité parmi les villageois. Ils se souvenaient de la maladie qui avait emporté beaucoup d’entre eux : un palais c’était bien beau, mais il valait mieux garder les fougères…

– FIN –

Grain de riz n° 57: Perceval et Coronaviral (24)

NB: Les 5C et 5D de l’année 2019-2020 étudiaient Perceval de Chrétien de Troyes lorsque s’est déclarée l’épidémie du Coronavirus. Les cours ayant eu lieu en ligne pendant quelque temps, les deux classes se sont essayées à la rédaction collective d’une aventure inédite de Perceval. En 2020-2021, leurs successeurs de 5A et de 5D ont pris le relais de l’histoire au point où elle avait été interrompue, c’est-à-dire en pleine forêt, au bord d’une rivière périlleuse. Celle-ci sera livrée sous la forme d’un feuilleton plus ou moins régulier sur ce blog… Les Cinquièmes de l’année passée, aujourd’hui en Quatrième, doivent par ailleurs s’occuper d’illustrer l’histoire qu’ils ont commencé à écrire et que d’autres terminent à leur place. Ce travail en cours, une fois achevé, devrait être publié dans sa totalité en fin d’année.

Pour mémoire:

– Il faudra orienter les trébuchets selon un angle de 113° finit simplement par déclarer Domenico.

Cela fit taire tout le monde.

Le lendemain matin, Perceval donna l’ordre de lancer l’assaut. On aurait dit l’armée grecque qui se ruait sur les murailles de Troie. Tout se passa comme prévu mais quand l’infanterie essaya d’enfoncer la porte, celle-ci était ouverte. Les gardes en haut des murs ne firent rien du tout. Encore mieux, aucun soldat ennemi ne se trouvait dans la basse-cour, à part quelques poules mouillées. La porte de la deuxième muraille était également ouverte. Le donjon n’abritait personne. Quelque chose clochait.

– C’est trop simple, pensa Perceval.

Ils fouillèrent le château de fond en comble. Il n’y avait pas du tout de gardes sur les murs, mais de vulgaires mannequins armés. La lumière qu’on avait observée en haut de la tour n’était qu’une torche qui achevait de s’éteindre. Sinon le château était vide, il n’y avait pas âme qui vive…

Ils se demandèrent ce qui s’était passé, où étaient les soldats ainsi que le seigneur du château. Pourquoi Coronaviral n’était-il pas dans le château, bien que les traces de pas les aient conduits là, songeait Perceval. Peut-être avaient-ils eu vent du fait que nous arrivions et ont-ils pris peur ? Mais non, cela était peu probable, Coronaviral n’aurait pas fui, il est bien trop fier pour ça…

Tout-à-coup, ils entendirent un claquement de porte. Était-ce le vent? En tout cas, ils étaient maintenant bel et bien enfermés.

Ils décidèrent alors de se séparer en petits groupes pour explorer les lieux.

Je suis sûr qu’il n’est pas tout à fait vide et peut-être que nous allons trouver un moyen de sortir, dit le Comte d’Aucante, qui espérait secrètement trouver des tableaux rares et d’anciennes tapisseries.

– Oui, allons donc visiter ce château, pondit Perceval.

Ils se disséminèrent dans les couloirs du château à la recherche d’une issue. Après quelques heures qui n’avaient abouti à rien, ils se retrouvèrent dans la cour.

À un moment, Perceval se sentit observé. Il regarda autour de lui… Personne. Puis il remarqua, rampant sur le sol, une grande ombre et quand il releva la tête, un immense chevalier revêtu d’une armure noire…

C’était un véritable géant. Tous ses vêtements étaient noirs, même son haubert était d’un noir si luisant qu’on aurait pu croire qu’il avait été tail dans de l’obsidienne. Mais ce qui frappait par dessus tout, c’était son heaume écarlate ! Il était terrifiant et en même temps on ne pouvait détacher son regard de cette vision infernale.

Son regard, invisible derrière le fer, était pourtant menaçant. Il était escorté par une dizaine de chevaliers tout aussi effrayants, suivis par un deuxième et un troisième rang de soldats, et finalement toute une armée innombrable d’hommes en armes. Ils étaient encerclés.

«  Je vous attendais depuis longtemps, dit sombrement Coronaviral. Je suis le seigneur de ce château. Je suis navré de vous annoncer que vous allez périr sur-le-champ.

– Nous n’avons que faire de ta politesse ! Nous savons que c’est toi qui as empoisonné l’eau de la rivière et tu vas le payer ! dit Perceval d’un ton sans réplique. Mais pour épargner les hommes je te lance un défi : si tu gagnes, nous nous rendons et tu feras ce que tu veux ; si par contre c’est moi qui gagne, tu seras à ma merci!

– Ce sont là des paroles bien confiantes pour un simple paysan comme toi… Mais cela m’amuse… Soit, j’accepte ton défi, si toutefois tu veux bien me dire de quel défi il s’agit.

– Euh… Une course à cheval? »

A suivre…

Grain de riz n°56: Perceval et Coronaviral (23)

NB: Les 5C et 5D de l’année 2019-2020 étudiaient Perceval de Chrétien de Troyes lorsque s’est déclarée l’épidémie du Coronavirus. Les cours ayant eu lieu en ligne pendant quelque temps, les deux classes se sont essayées à la rédaction collective d’une aventure inédite de Perceval. En 2020-2021, leurs successeurs de 5A et de 5D ont pris le relais de l’histoire au point où elle avait été interrompue, c’est-à-dire en pleine forêt, au bord d’une rivière périlleuse. Celle-ci sera livrée sous la forme d’un feuilleton plus ou moins régulier sur ce blog… Les Cinquièmes de l’année passée, aujourd’hui en Quatrième, doivent par ailleurs s’occuper d’illustrer l’histoire qu’ils ont commencé à écrire et que d’autres terminent à leur place. Ce travail en cours, une fois achevé, devrait être publié dans sa totalité en fin d’année.

Pour mémoire:

Ils étaient ainsi tous prêts à partir à l’assaut du château de Coronaviral.

L’armée, que dirigeait Perceval, partit vers les lointaines montagnes. Après quelques heures, tous comprirent où ils étaient : une sinistre vallée solitaire constituée de ravins sans fond, de roches aussi noires que le charbon. Ils crurent parfois apercevoir des chevaliers mystérieux, leur armure noire comme le néant, mais ce n’était que des ombres. Perceval essayait d’être prudent partout où il allait. Les alentours ressemblaient à un véritable enfer, c’est ce que Perceval se disait. Le ciel était cramoisi, on aurait dit qu’il saignait vers la montagne…

Perceval se sentit alors gagner par la terreur, mais il ne pouvait plus reculer. Ils progressaient lentement, pas à pas, boucliers en avant pour se défendre, épée en main pour attaquer. Non seulement le paysage n’était pas agréable à regarder, mais la route était cahoteuse, et trempée à cause des intempéries. Exténués et transis de froid ils décidèrent de s’abriter quelques heures sous un repli rocheux... Ils reprirent leur ascension par un chemin boueux parsemé de gros rochers taillés en pointe. L’un des chevaux s’était blessé: il fut laissé derrière avec un médecin.

Mais ils parvinrent enfin, après une longue marche, au pied de cette montagne au sommet de laquelle se trouvait un imposant château aux briques noires, entouré d’un brouillard très dense. Il y avait une tour plus haute où on pouvait apercevoir une lumière.

Mais il y avait d’abord une première muraille, haute à première vue d’au moins soixante-cinq pieds. La végétation poussait entre les pierres, on aurait dit que ce château avait été abandonné depuis longtemps. Il était percé de meurtrières. Au centre du mur, il y avait une grande porte de chêne. Derrière, encore un autre mur, plus haut que le premier, lui aussi percé de meurtrières. C’était le donjon, un immense donjon d’au moins cent vingt pieds.

– Eh bien, l’attaque ne va pas être de tout repos, soupira Perceval. Que l’on établisse le camp pour la nuit.

Alors Léodagan sonna l’ordre de camper, grâce à la petite trompette dont il était si fier. Les soldats firent leurs tentes et se jetèrent dessous. Ils avaient marché toute la journée et étaient épuisés. Au centre du campement, les seigneurs étaient installés dans une plus grande tente où se tenait le conseil de guerre.

– Moi, proposa Léodagan, je dis qu’on prend tous les gars et on fonce dans le château !

– Il faudrait plutôt envoyer un groupe d’hommes en éclaireurs, puis un autre, etc, proposa Madame de la Floquette.

– Ils nous faut une meilleure stratégie, déclara Perceval. Celle de Léodagan me semble un peu trop simpliste. Celle de Madame de la Floquette est trop risquée pour nos hommes. Il serait sans doute préférable de procéder ainsi : L’infanterie part à l’assaut et essaie de pénétrer dans le château grâce à de grandes échelles pendant que d’autres, à l’aide d’un bélier, tentent d’enfoncer la porte. Derrière, les trébuchets envoient de lourdes pierres pour faire une brèche dans le mur. Lorsque le bélier aura enfoncé la porte principale, la cavalerie entrera alors en action. Elle pénètre dans le château et attaque les soldats à l’intérieur. Pendant ce temps, l’infanterie fait la même chose pour le deuxième mur. Lorsque les hommes ont enfoncé le mur, eh bien l’infanterie, euh non, la cavalerie, pénètre aussi dans la haute-cour, car pendant que l’infanterie essayait d’ouvrir la porte, la cavalerie, elle, a eu tout le temps de massacrer tous les ennemis dans la basse-cour. Alors, elle revient à la charge et elle massacre tout les ennemis dans la haute-cour. L’infanterie, elle, eh bien elle pénètre dans le donjon et elle tue tout le monde.

– Je vous ferai remarquer qu’on ne dit pas la basse-cour, qui est réservée aux poules, ni la haute-cour, réservée à la Justice, il vaudrait mieux dire la cour inférieure et la cour supérieure, fit remarquer le baron de la Giardinière…

– Vous laisserez quand même le seigneur vivant, et ceux qui se rendent aussi j’espère, supplia Madame de la Kouteilerie…

– Je pourrai peut-être faire quelques exceptions, répliqua Perceval. Alors que pensez-vous de ma stratégie ?

– À vrai dire, dit Madame de la Floquette, je n’ai pas tout saisi.

– Moi non plus, je n’ai pas vraiment tout compris, dit le Comte d’Aucanthe, ça va trop vite…

– Eh bien c’est pourtant simple, dit Perceval.

Et il raconta tout de la même manière en s’accompagnant de grands gestes des mains.

– Mais Perceval, si on te dit que l’on n’a pas tout compris, il faut l’expliquer d’une autre manière, raisonna Fabiano de la Giardinère.

Perceval expliqua donc d’une autre manière, en rajoutant encore plus de détails et de gestes. Domenico Del Dango lui, s’ennuyait et ne s’intéressait ni aux gestes de Perceval ni à ses explications, car pour passer le temps il s’était absorbé dans des calculs. Pendant ce temps là, Perceval, Marie-Marguerite de la Kouteilerie, Valériane de la Floquette, le Comte Lorenzo d’Aucanthe et Fabiano de la Giardinière débattaient sur la meilleure stratégie, posaient mille questions et faisaient mille objections.

– Il faudra orienter les trébuchets selon un angle de 113° finit simplement par déclarer Domenico.

Cela fit taire tout le monde.

A suivre…

 

Grain de riz n° 55: Perceval et Coronaviral (22)

NB: Les 5C et 5D de l’année 2019-2020 étudiaient Perceval de Chrétien de Troyes lorsque s’est déclarée l’épidémie du Coronavirus. Les cours ayant eu lieu en ligne pendant quelque temps, les deux classes se sont essayées à la rédaction collective d’une aventure inédite de Perceval. En 2020-2021, leurs successeurs de 5A et de 5D ont pris le relais de l’histoire au point où elle avait été interrompue, c’est-à-dire en pleine forêt, au bord d’une rivière périlleuse. Celle-ci sera livrée sous la forme d’un feuilleton plus ou moins régulier sur ce blog… Les Cinquièmes de l’année passée, aujourd’hui en Quatrième, doivent par ailleurs s’occuper d’illustrer l’histoire qu’ils ont commencé à écrire et que d’autres terminent à leur place. Ce travail en cours, une fois achevé, devrait être publié dans sa totalité en fin d’année.

Pour mémoire:

Perceval vit alors quelqu’un habillé en noir s’éclipser discrètement et partir à cheval, mais il garda la chose pour lui…

Il essaya de recruter des hommes pour constituer une armée. Mais tout d’abord personne n’accepta, à part trois ou quatre hommes. Perceval sourit car il trouvait que cette armée n’était pas assez nombreuse. Mais il eut une idée. Personne dans le village ne voulait le rejoindre car ils n’avaient pas de preuve que les chevaliers que l’on soupçonnait étaient vraiment responsables. Donc il alla sur la place du village et harangua la foule en ces termes :

– Mes amis, le grand jour est venu ! Vous n’êtes pas les seuls à avoir été victimes de ce poison. Nos amis italiens l’ont été, et qui sait si d’autres innocents ne le seront pas bientôt ! Nous devons empêcher cela ! Tout à l’heure certains d’entre vous parlaient d’un groupe de chevaliers suspects qui vous ont rendu visite il y a quelque temps. Qui sait pourquoi ? Que voulaient-ils ? Que faisaient-ils parmi vous ? Le grand échevin pourra peut-être nous le dire… Mais où est donc le grand échevin ? Pourquoi n’est-il pas ici ce soir ? Écoutez-moi, je crois comprendre : pendant que vous parliez, j’ai aperçu quelqu’un s’éclipser, prendre un cheval et partir dans la nuit… J’ai examiné les écuries et j’ai trouvé par terre ce morceau de papier à demi déchiré. On ne peut lire que les derniers mots : « … sur le champ et sans tarder. » Signé « Coronaviral » ! Je crois que votre échevin est parti rejoindre ce seigneur, ce prince de toutes les intrigues et peut-être cet empoisonneur… Aussi je vous le demande, rejoignez notre armée pour combattre ce maudit Coronaviral !

Tout le village resta silencieux, jusqu’au moment où un homme rejoignit la troupe, puis un autre, puis tout le village. Ils apportèrent avec eux qui de simples bâtons, qui des fourches, qui des lances, qui de longues épées bien tranchantes et brillantes, qui de lourdes hallebardes, et même des drapeaux multicolores. Le destin de Perceval s’accomplissait : le voilà à la tête d’une véritable armée !

Elle se tenait à l’entrée du village, prête à partir pour le château de Coronaviral. De grandes bannières flottaient dans le vent doux, certaines affichant deux serpents d’argent s’enroulant autour d’un bâton au chef d’ailes azur, d’autres un semi de croix d’or et au milieu deux épées argentées entrecroisées, d’autres un loup de gueule attaquant un ours sable, d’autres un lion tenant lui-même un autre drapeau où l’on voyait un soleil sable sur champ de pourpre. Devant, Perceval se tenait sur un grand destrier blanc, complètement couvert d’une armure métallique. Dans sa main droite, il tenait une longue épée admirablement forgée, et dans l’autre, un épais bouclier orné d’un blason à fond d’argent et de sinople alternés et de trois javelots de gueule entrecroisés.

Après avoir fini de préparer les armes, ils se mettent d’accord sur qui a quel rang. Léodagan, malgré son âge, s’était déclaré écuyer et les autres étaient trop épuisés pour contester. Il était habillé comme un Perceval miniature. Les barons italiens, eux, avaient déjà leur équipement et discutaient entre eux dans leur propre langage. L’armée elle-même n’était pas très grande, seulement une centaine d’hommes, mais les combattants étaient forts et courageux. Les chevaux étaient bien protégés, ils étaient tout caparaçonnés de fer et de cuir, et les hommes avaient revêtu des cottes de maille, très solides et presque impossibles à entamer... Ils étaient ainsi tous prêts à partir à l’assaut du château de Coronaviral.

A suivre…