Grain de riz n° 38: Perceval et Coronaviral (7)

NB: Les 5C et 5D étudiaient Perceval de Chrétien de Troyes lorsque s’est déclarée l’épidémie du Coronavirus. Les cours ayant lieu désormais en ligne, les deux classes se sont essayées à la rédaction collective d’une aventure inédite de Perceval, dont vous trouverez ci-dessous la septième partie, et qui sera livrée sous la forme d’un feuilleton plus ou moins hebdomadaire…

Pour mémoire:

– Mais… Sais-tu ce qui est arrivé à ton village ?

Vrai ! J’ignore ben ce qui a pu se passer… J’en ai pas la moindre idée…

– Retournons donc à ton village, j’aimerais bien en avoir le cœur net. Et puis, peut-être que quelqu’un est en train de te chercher, depuis ton départ, rempli d’inquiétude à ton sujet… Est-ce que tu y penses un peu, de temps en temps ? rétorqua Perceval (sans songer qu’il était parti lui-même sans vraiment se soucier de sa mère…)

C’est vrai, j’y avais pas trop pensé, répondit Léodagan.

Tous deux se mirent en route. Ils marchaient d’un bon pas, faisant crisser les feuilles et craquer les branches sous leurs pieds. Fonçant droit devant lui sans réfléchir Léodagan se prit le pied dans une racine, et il tomba par terre. Perceval vint l’aider. Le petit garçon sautillait dans tous les sens comme une sauterelle. Il était pieds nus et s’était fait une entorse. Il poussa un gémissement de douleur :

Aïe, J’ai mal !saleté de racine !… je ne peux plus du tout poser le pied… il est tout gonflé… Pourriez-vous me porter Messire ? demanda-t-il avec des yeux brillants de larmes. On aurait dit un petit chat.

Tu aurais pu faire plus attention, grommela le jeune homme …

Mais Perceval céda et le fit grimper sur son dos.

Il faisait très chaud ce jour-là, et encore plus chaud avec ce poids sur son dos. Il avait l’impression de porter un sac qui petit à petit se remplissait de pierres. Perceval faillit trébucher sur un rocher mais se rattrapa à un arbre. Après quelques minutes, il entendit de légers ronflements près de son oreille : le jeune garçon s’était endormi. « Qu’il est lourd ce petit bonhomme! » se plaignit Perceval. Il décida qu’il serait mieux de faire une petite pause.

« On est arrivé, bâilla Léodagan, tu m’as trouvé un lit ? » Mais il se rendormit aussitôt, et Perceval, somnolant lui aussi, s’allongea à son côté. Le garçon, agité dans son sommeil, donna un coup à Perceval. Il marmonnait des mots que Perceval essayait de comprendre… « A l’aide !… laissez-moi !… non !… » Perceval, inquiet, essaya de le calmer mais l’autre continua : « Lâchez-moi, chevalier du diable !… Que me veux-tu, espèce de démon sanglant ? » Perceval le secoua de toutes ses forces, mais en vain : il recommença à délirer. « Que se passe-t-il ?… j’étouffe ! » Léodagan se réveilla en sursaut et se frotta les yeux.

A suivre…

Grain de riz n° 37: Perceval et Coronaviral (6)

NB: Les 5C et 5D étudiaient Perceval de Chrétien de Troyes lorsque s’est déclarée l’épidémie du Coronavirus. Les cours ayant lieu désormais en ligne, les deux classes se sont essayées à la rédaction collective d’une aventure inédite de Perceval, dont vous trouverez ci-dessous la sixième partie, et qui sera livrée sous la forme d’un feuilleton plus ou moins hebdomadaire…

Pour mémoire:

T’es qui toi ? demanda le jeune garçon.

– Je me nomme Perceval

– Perceval, çui qui perce le Val ou çui qu’est Val-heureux?

– Tu te moques de moi je crois … Dis-moi plutôt ton nom.

– Léodagan !

– Un vrai lion, quelle chance je n’en avais jamais vu… Et quel âge as-tu ?

– Je ne sais pas…

– Comment ça, je ne sais pas ? Depuis quand ne sais-tu pas ton âge ?

– Depuis le temps que je suis dans cette forêt !

– Et ça fait longtemps que tu joues à l’ermite dans les arbres ?

– Depuis des lunes, mais j’ai oublié de les compter…

– Et Pourquoi donc es-tu ici ? N’as-tu pas une maison ? Où sont tes parents ? T’es-tu perdu ou bien enfui ?

On se noie dans toutes ces questions ! J’ suis orphelin, moi, mes parents sont morts à cause de la terrible maladie qu’a ravagé le village… Y avait de plus en plus de morts… Tous, les uns après les autres, se mettaient à tousser, attrapaient la fièvre, prenaient une teinte verdâtre et finissaient par tomber au sol… Croyant à une nouvelle peste, les gens restaient terrés chez eux pour pas être touchés par ce mal mystérieux… Moi, j’ai préféré quitter ce village maudit… J’suis parti dans la forêt !

– Mais… Sais-tu ce qui est arrivé à ton village ?

Vrai ! J’ignore ben ce qui a pu se passer… J’en ai pas la moindre idée…

A suivre…

Grain de riz n° 36: Perceval et Coronaviral (5)

NB: Les 5C et 5D étudiaient Perceval de Chrétien de Troyes lorsque s’est déclarée l’épidémie du Coronavirus. Les cours ayant lieu désormais en ligne, les deux classes se sont essayées à la rédaction collective d’une aventure inédite de Perceval, dont vous trouverez ci-dessous la cinquième partie, et qui sera livrée sous la forme d’un feuilleton plus ou moins hebdomadaire…

Pour mémoire:

Il commençait à se demander s’il n’était pas fou. « Aurais-je des hallucinations ? Est-ce la fatigue qui me joue encore des tours ? Que me veulent les démons de la forêt ? »

Mais il avait senti quelque chose lui tomber sur le crâne : il leva les yeux pour voir d’où était tombé ce mystérieux projectile. Il aperçut alors une paire de jambes qui pendouillaient sur une branche, puis deux yeux moqueurs qui le regardaient ! Ce n’était certes pas un écureuil, c’était un jeune garçon qui avait dix ou douze ans.

– C’est toi qui me lances des noisettes sur la tête ?

– Je n’ai pas fait exprès !

– Tu mens coquin, espèce de singe !… et puis que fais-tu dans cet arbre ?

Sans répondre à la question de Perceval, le petit diable grimpa tout en haut de l’arbre, avec une agilité stupéfiante. Le jeune garçon fit signe à Perceval de monter à son tour.

Perplexe, Perceval se demandait comment il pourrait grimper sur cet arbre. Il chercha quelque prise et finit par trouver une branche où s’agripper. Il s’élança pour l’attraper mais elle était trop haute. Enfin, après plusieurs tentatives toutes plus vaines les unes que les autres, il parvint finalement à l’atteindre. Mais n’étant pas très habile, il glissa et tomba au pied de l’arbre. Alors, il appela à l’aide le garçon qui lui jeta une corde.

– Tu aurais pu la lancer plus tôt !

Après de multiples échecs, une fois arrivé en haut, il découvrit une magnifique vue sur la forêt. Des montagnes escarpées s’élevaient au loin, au delà des arbres semblables à un immense tapis de brocolis verdoyants. Il aperçut un petit village non loin de là à l’orée de la forêt.

T’es qui toi ? demanda le jeune garçon.

– Je me nomme Perceval

– Perceval, çui qui perce le Val ou çui qu’est Val-heureux?

– Tu te moques de moi je crois … Dis-moi plutôt ton nom.

A suivre…

Grain de riz n° 35: Perceval et Coronaviral (4)

NB: Les 5C et 5D étudiaient Perceval de Chrétien de Troyes lorsque s’est déclarée l’épidémie du Coronavirus. Les cours ayant lieu désormais en ligne, les deux classes se sont essayées à la rédaction collective d’une aventure inédite de Perceval, dont vous trouverez ci-dessous la quatrième partie, et qui sera livrée sous la forme d’un feuilleton plus ou moins hebdomadaire…

Pour mémoire:

Il s’enfonça dans la forêt humide et sombre, à la recherche de quelque éventuelle noisette… Les gouttes se raréfièrent enfin, le clapotis de la pluie cessa, et le soleil se révéla à travers les branches des chênes et des frênes. Il brillait merveilleusement dans les feuilles verdoyantes…

Un peu fatigué, Perceval s’assit au creux des racines d’un arbre, de manière à pouvoir admirer le jeu des rayons du soleil dans les frondaisons. Il constata que c’était une forêt de chênes : il n’allait tout de même pas manger des glands !

Il sentit alors quelques picotements. C’était une fourmi rouge qui grimpait le long de sa jambe et cherchait son chemin. Il repéra la fourmilière à quelques pas de lui. Curieux de voir si les fourmis pourraient le conduire vers un fruit, il s’avança pour observer la fourmilière plus attentivement. Perceval aperçut alors une interminable colonne de fourmis et la suivit pendant quelques minutes, mais il avait beau la suivre il n’arrivait jamais nulle part : il ne faisait que tourner dans le labyrinthe des bois.

Puis, soudain il entendit un petit bruit : C’était un bruissement de feuilles piétinées, mais il ne voyait rien autour de lui. Il se figea sur place. Était-ce un lièvre ou un daim ? Ou bien serait-ce un sanglier ? Il ne manquerait plus que ça ! Perceval voulait garder courage car sa mère lui avait dit qu’on ne doit pas s’effrayer pour des broutilles. Un nouveau bruit se fit entendre. Il sursauta, scruta attentivement les buissons, puis il tourna autour pour voir si, par hasard, il n’ y avait pas là un animal.

Il s’approcha prudemment quand soudain, poc ! Il se retourna d’un bond : rien !

Puis quelque chose frôla son oreille. Intrigué, il regarda aussitôt derrière son épaule : toujours rien !

Il commençait à se demander s’il n’était pas fou. « Aurais-je des hallucinations ? Est-ce la fatigue qui me joue encore des tours ? Que me veulent les démons de la forêt ? »

A suivre…

Grain de riz n° 34: Perceval et Coronaviral (3)

NB: Les 5C et 5D étudiaient Perceval de Chrétien de Troyes lorsque s’est déclarée l’épidémie du Coronavirus. Les cours ayant lieu désormais en ligne, les deux classes se sont essayées à la rédaction collective d’une aventure inédite de Perceval, dont vous trouverez ci-dessous la troisième partie, et qui sera livrée sous la forme d’un feuilleton plus ou moins hebdomadaire…

Pour mémoire:

Perceval n’osa pas négocier le prix et tendit les trois pièces d’or qui étaient d’ailleurs ses dernières au vieillard. Une fois la gourde entre ses mains, il la but en moins de trois secondes. Le soir venu, morne, la mine affligée, il fit halte au bord d’un chemin pour passer la nuit à la belle étoile.

Le lendemain était une journée grise. Il était de mauvaise humeur étant donné qu’il n’avait plus un sou. Perceval reprit la route, mais elle était toute gadouilleuse et l’eau détrempait le cuir de ses belles chaussures. Des nuages gris se formèrent au loin, et un rideau de pluie le rattrapa. Il n’avait jamais vu une telle chose et se demandait pourquoi Dieu inventait tant et tant d’étrangetés. Était-ce colère ou simple fantaisie ? Comment autant d’eau pouvait-il tomber du ciel !

Soudain un énorme bruit de tonnerre gronda. Perceval courut se réfugier sous un arbre et cria: « Le diable arrive! Le diable est là ! » Alors il tomba à genou et supplia : « Dieu très haut, s‘il vous plaît, prenez pitié de votre pauvre serviteur. Je ne veux pas mourir foudroyé. Je suis encore jeune et ma mère ne pourrait pas supporter qu’il m’arrive malheur ! »

La pluie tombait comme une cascade sur ses épaules, sans aucun égard pour les cris du jeune homme. Il entra alors dans la forêt, en dépit du sol glissant et boueux, pour trouver un endroit où s’abriter. L’eau lui montait jusqu’à la cheville et il devenait difficile de marcher. Il trouva de grandes feuilles de fougère. Il essaya de les arracher à mains nues mais, gauche comme il était, il se coupa ! Enfin il parvint à extirper les racines du sol rendu meuble par la pluie. Il les rassembla en entonnoir pour récupérer l’eau afin d’en remplir sa gourde. Sage précaution de sa part : il ne serait plus à sec à l’avenir. Puis il les noua ensemble et s’en fit une couvre-chef qui le protégerait de la pluie.

Il s’enfonça dans la forêt humide et sombre, à la recherche de quelque éventuelle noisette… Les gouttes se raréfièrent enfin, le clapotis de la pluie cessa, et le soleil se révéla à travers les branches des chênes et des frênes. Il brillait merveilleusement dans les feuilles verdoyantes…

A suivre…

Grain de riz n°33: Lauréats du prix Pousse-crayon 2020

Chacun connaît Scapin, l’une des plus illustres créatures moliéresques, le valet menant son maître par le bout du nez, l’éternel chenapan dont les ruses et les feintes sont aujourd’hui étudiées en classe. On sait peut-être moins que son nom vient de l’italien Scappino, le personnage homologue issu de la Commedia dell’Arte, dont le nom, sans doute, est lui-même à rapprocher du verbe italien scappare, signifiant s’enfuir, s’échapper… (pensons aussi à l’espagnol escapar, ou à l’anglais escape…)

Bref, Scapin, dans le sujet qui était proposé aux 5èmes pour l’édition 2020 du concours d’écriture Pousse-crayon, s’est retrouvé par on ne sait quel mystère au Viêtnam! Ce sujet avait deux variantes possibles: soit il raconte un de ses démêlés avec la justice, soit il fait semblant d’être malade, mais il a une petite fringale…

Les élèves des quatre classes de Cinquièmes ont participé au concours. Dans chacune d’entre elles, les trois meilleurs textes ont été présélectionnés, et soumis de façon anonyme à l’évaluation d’un jury lui aussi anonyme, qui de ces 12 textes, devait retenir et classer les 3 gagnants. (Dans la catégorie Flsco: un texte proposé par classe, et un seul texte retenu par le jury)

Remercions donc tout d’abord, tout en levant leur anonymat, les membres du jury qui ont bien voulu lire attentivement tous ces textes et, souvent après bien des scrupules et des hésitations, proposer leur classement:

  • Mme de Certaines, Assistante pédagogique
  • M. Dallot, Professeur de Flsco
  • M. Foucher, Professeur de Mathématiques
  • Mme Gillet, Documentaliste
  • Mme Jouanolou, Professeur des écoles
  • M. Maday, Professeur d’EPS
  • Mme Mercé, Professeur des écoles
  • M. Ngo, Professeur de Technologie
  • Mme Treluyer, Professeur de Chinois
  • M. Vuillermet, Professeur de Français

A qui s’ajoutent cette année, deux intervenantes extérieures que je remercie encore plus particulièrement pour leur généreuse participation à ce jury:

  • Mme Brunel, professeur de Français à la retraite à Lyon
  • Mme Poznanczyk Eckert, professeur de Français à l’ École des Pupilles de l’Air, près de Grenoble

Signalons enfin que la totalité des textes proposés, même lorsqu’ils n’apparaissent pas sur le podium final, ont tous été au moins une fois retenus parmi les trois meilleurs par l’un ou l’autre des membres du jury… (C’est une consolation!)

Le classement final est donc le suivant:

En série Flsco:

On remarquera que chacune des 4 classes est représentée sur le podium, ce qui n’est absolument pas truqué mais résulte du classement impartial des textes par les membres du jury, faisant leur choix sans concertation.

Félicitations aux gagnants, pour qui un prix est théoriquement prévu, mais dont la remise reste suspendue à la réouverture hypothétique du lycée…

Grain de riz n° 32: Perceval et Coronaviral (2)

NB: Les 5C et 5D étudiaient Perceval de Chrétien de Troyes lorsque s’est déclarée l’épidémie du Coronavirus. Les cours ayant lieu désormais en ligne, les deux classes se sont essayées à la rédaction collective d’une aventure inédite de Perceval, dont vous trouverez ci-dessous la deuxième partie, et qui sera livrée sous la forme d’un feuilleton plus ou moins hebdomadaire…

Pour mémoire: Perceval et Coronaviral, partie 1

Perceval quant à lui continua sa route par une belle journée ensoleillée. Le chemin était caillouteux mais il avançait sans se soucier de rien, emporté par son enthousiasme et enchanté par les fleurs de toutes sortes qui embaumaient la campagne. Mais à force de marcher, au bout de quelques heures, il finit par avoir tellement soif qu’il aurait pu boire une rivière tout entière. Le soleil commençait à taper et les jambes de Perceval se faisaient lourdes. Perceval regretta de n’avoir pas ramené son cheval avec lui, mais il essaya de ne pas se plaindre car il ne voulait pas se mettre Dieu à dos…

Perceval avait marché depuis des heures, il était fatigué et avait une soif extrême, il décida donc de se reposer. Mais quand il sortit sa gourde d’eau il n’en restait même plus une goutte ! Il jeta un œil autour de lui mais il semblait n’y avoir aucun point d’eau ; il n’avait plus que ses larmes pour boire !

Il était maintenant si fatigué que sa vue lui jouait des tours. Il voyait flou, mais il finit par apercevoir un vieil homme arriver au loin, bringuebalant sur son âne, qui portait deux grands tonneaux. Lorsqu’il fut à sa hauteur, Perceval lui demanda :

– Que portez-vous donc dans vos tonneaux ?

– Je vends de l’eau aux gens assoiffés comme vous.

– Dieu vous bénisse, vous me sauvez la vie !

– Et à combien la vendez-vous ?

– Trois pièces d’or.

– Trois pièces d’or! N’est-ce pas un peu cher pour de l’eau?

– Cette eau a été filtrée par du charbon, du sable et des cailloux, et je vous conseille de l’acheter car toute eau n’est pas bonne à boire aujourd’hui. Voyez-vous, nombreux sont les buveurs d’eau qui ont été empoisonnés : on les compte aujourd’hui par milliers !  Croyez-moi, l’eau que vous réclamez vaut bien son prix : elle peut vous sauver la vie, car on ne peut pas soigner cette maladie avec une simple cuillère de miel.

Perceval n’osa pas négocier le prix et tendit les trois pièces d’or qui étaient d’ailleurs ses dernières au vieillard. Une fois la gourde entre ses mains, il la but en moins de trois secondes. Le soir venu, morne, la mine affligée, il fit halte au bord d’un chemin pour passer la nuit à la belle étoile.

A suivre…

Grain de riz n° 31: Soigne ton Clac !

Confiné chez soi, on peut lire, mais on peut aussi écrire, dessiner, bricoler, inventer, mettre en forme les mille et une idées qui nous traversent la tête en permanence: c’est à cela que servent les Clac (Carnet Littéraire, Artistique et Culturel), qui ont pris le relais des Journaux de Lectures . Quelques élèves nous ont envoyé leurs belles pages réalisées pendant les vacances. Si vous n’avez pas commencé ou si vous avez laissé traîner la chose, il est toujours temps de commencer, car de toute cette période de confinement, d’ennui, de distanciation sociale et de visages masqués, il ne restera peut-être plus tard que ces pages sur lesquelles vous aurez passé du temps et vous serez appliqué!

Grain de sel n° 14: Où trouver quoi lire?

Où trouver quoi lire?… Par exemple en cliquant ICI

Plusieurs élèves, n’ayant pas sous la main le livre qu’il leur a été demandé de lire pendant les vacances, m’ont envoyé un mail pour me demander quoi lire à la place.

Et de fait, le plus important n’est pas de lire tel ou tel livre qui aurait été prescrit, mais de lire celui qui nous fait envie, celui dont le titre ou la renommée nous attire, celui qu’on n’aurait jamais eu l’idée de lire si l’on n’était pas tombé dessus par hasard. De toute façon, celui qui aime déjà lire aura toujours quelque chose à lire entre les mains; mais celui qui n’aime pas encore lire (ou plus exactement celui qui ne sait pas encore qu’il aime lire) doit cependant s’y efforcer le plus régulièrement possible, ne serait-ce qu’en raison des retombées que cette activité a sur notre propre maîtrise de la langue: par exemple l’acquisition du vocabulaire, la familiarité que l’on acquiert avec des tournures de phrases plus fines et plus complexes que d’ordinaire, la capacité à démêler l’écheveau des intrigues, des sentiments et des raisonnements au sein desquels nous sommes de toute façon appelés à vivre. Lire c’est apprendre à s’exprimer, lire c’est essayer d’y voir clair.

Mais la question est aussi de savoir où trouver le livre que l’on cherche, et c’est pourquoi je rédige ce petit billet.

La librairie française est fermée, je ne sais trop ce qu’il en est de l’Idecaf, et de toute façon on nous demande de limiter nos déplacements au strict nécessaire… et donc, si votre propre bibliothèque est dégarnie, vous vous trouvez malheureusement dans une situation de pénurie littéraire préoccupante. (Les écrans certes auront tôt fait de vous le faire oublier… mais après quelques heures de jeu vidéo, vous n’aurez pas avancé d’un iota dans la maîtrise de la langue ou dans la compréhension du monde.)

Pour savoir quoi lire, le présent blog offre quelques pistes, proposées par vos professeurs. Pour savoir où trouver un livre que l’on cherche, le catalogue en ligne Nos livres est un point de départ essentiel: il recense tous les livres numériques du domaine public francophone, disponibles gratuitement, en collationnant les catalogues de 14 sites de référence (dont Gallica, Wikisource, etc.) et comporte plus de 10 000 titres! Il y aura bien parmi eux quelque chose qui puisse vous intéresser… Le site Bibebook est également une petite mine. Et pour les anglophones, vous avez dans le même esprit le site Openculture.

Moi-même j’étais il y a quelques jours en train de désespérer de n’avoir pas sous la main Feu Mathias Pascal (un roman de Luigi Pirandello que je me repentais de n’avoir toujours pas lu) et déjà j’écrivais en France pour qu’on me l’achète et me le fasse parvenir au plus vite. Mais c’était peine perdue, puisqu’en France on est en situation de confinement, et que les liaisons aériennes sont de toute façon interrompues. Je me suis alors souvenu que beaucoup de classiques sont tout simplement en ligne, à la disposition du public, en attente de leurs lecteurs: et je viens justement de trouver en trois clics le livre dont j’avais soudain si soif! De la même façon, on trouvera en trois clics ou même en un seul Le Comte de Monte-Cristo qui était recommandé à votre attention dans un article précédent des 6èmes.

Évidemment, comme il s’agit de livres disponibles en ligne, on se retrouve encore devant un écran. Certes… C’est un pis-aller… Aussi pourra-t-on aussi chercher du côté de la radio, car il existe toute une tradition de l’adaptation et de la lecture radiophonique. C’est ainsi par exemple que je viens d’apprendre que France Culture rendait disponible Les Misérables de Victor Hugo, dans une série radiophonique de 14 épisodes de 24 minutes chacun… Si vous avez du mal à lire par vous-même, c’est l’occasion de se laisser porter par la voix de lecteurs émérites, sans se soucier de ce que l’on ne comprend pas forcément et qui fait aussi partie du plaisir de l’écoute, et de parcourir ainsi (tel le roi Shahryar à qui Shéhérazade raconte ses histoires) un des monuments de la Littérature française…

Je termine par la notice d’Hélène Bleskine qui présente ladite série radiophonique consacrée aux Misérables sur France Culture: « Lire Les Misérables de Victor Hugo vous fait pénétrer dans la langue de notre grand poète français. Un territoire connu, mais presque oublié du côté de sa voix, de la singularité de sa voix. Cette histoire, maintes fois adaptée au cinéma, cache son écriture. On reconnaît la trame, les personnages mythiques, le Paris des révolutions, mais on a perdu ce qu’il a écrit. C’est assez difficile à exprimer, mais c’est ce que l’on découvre lorsqu’on se laisse envahir par le livre. C’est comme si l’on touchait du doigt les fibres de notre patrimoine dans ce qu’il a de meilleur, dans ce qu’il peut nous rendre meilleur. Victor Hugo aime l’Histoire et il nous la fait aimer. Roman-fleuve donc, où rien ne manque, le suspens, les digressions, les interrogations, les personnages incroyablement présents, leurs destins entremêlés. Dès lors, le choix de l’adaptation pour la radio fut de faire entendre sa voix. Et elle apparaît en éclats de voix, ou des voix en éclats. Presque cousues pour aller à l’épure. En espérant transmettre cette émotion provoquée par ce qui est écrit. »

Fabien GIARD

 

Grain de riz n° 30: Perceval et Coronaviral (1)

NB: Les 5C et 5D étudiaient Perceval de Chrétien de Troyes lorsque s’est déclarée l’épidémie du Coronavirus. Les cours ayant lieu désormais en ligne, les deux classes se sont essayées à la rédaction collective d’une aventure inédite de Perceval, dont vous trouverez ci-dessous la première partie, et qui sera livrée sous la forme d’un feuilleton plus ou moins hebdomadaire…

La mère de Perceval autant qu’elle le put retarda le départ de son fils, mais il insista et partit sans avoir aucune idée de ce qui allait se passer. En effet, comme elle était veuve, elle s’inquiétait à l’idée qu’il parte en la laissant seule, car Perceval était son dernier soutien. Jamais elle ne pourrait vivre en l’absence de celui-ci! Elle avait déjà perdu son mari et ses aînés, alors pourquoi le perdrait-elle, lui qui faisait toute sa joie, et dont l’aide quotidienne lui était si précieuse ? Qu’allait-elle devenir? Une vieille femme qui mourrait de chagrin et de solitude…

Mais tout avait été vain. Il partit donc, malgré les pleurs et les plaintes de sa mère. Celle-ci pressentait qu’il allait se passer quelque chose d’épouvantable, elle en avait eu une vision mais l’avait soigneusement tenue cachée.

Ce rêve venait la visiter régulièrement comme la marée, laissant en elle des traces inquiétantes… Elle se sentait envahie par un mystérieux sourire narquois, dont elle n’arrivait pas à se défaire et qui la terrifiait. Elle voyait aussi parfois dans ce rêve son fils affrontant un rival implacable, la cotte de mailles scintillant de milliers d’éclats. Son visage était caché derrière un heaume écarlate. Mais Perceval était pris d’une étrange faiblesse, comme si quelque chose l’étranglait. Et derrière cet étrange chevalier, toute une horde d’ennemis se bousculait. Mais il tombait chaque fois à terre sans réussir à les toucher, et sa mort lui paraissait certaine ! Elle se réveillait alors, tremblant de tous ses membres, et, craignant que ce ne fût prémonitoire, elle préférait garder cela pour elle.

Après le départ de Perceval, elle fit alors une prière : « Dieu, protégez mon fils. J’ai déjà perdu mon mari à la guerre, je ne veux pas que mon Perceval tombe entre de mauvaises mains.»

Perceval quant à lui continua sa route par une belle journée ensoleillée. Le chemin était caillouteux mais il avançait sans se soucier de rien, emporté par son enthousiasme et enchanté par les fleurs de toutes sortes qui embaumaient la campagne.

A suivre…