Grain de riz n°12: Anagrammes narrativisées

L’anagramme a ceci de mystérieux que le mélange des lettres d’un mot ou d’une phrase produit parfois un autre mot ou une autre phrase qui semble y répondre avec un bonheur particulier, ou en révéler le secret caché, comme le chien dans sa niche. Mais la plupart du temps, il faut convenir que l’on ne trouve, assez difficilement, que des mots sans rapport aucun avec ceux d’où l’on était parti. C’est pour remédier à cette situation décevante que nous avons imaginé le jeu d’écriture nommé « anagramme narrativisée », que nous avons pratiqué en heure d’AP en classes de 5A et de 5B. Ce jeu se décompose en deux temps:

  1. Tout d’abord, chaque élève était invité à écrire une phrase contenant le nom Alice, puis à anagrammer cette phrase de façon à en obtenir une autre. C’est la partie la plus difficile du jeu et il faut pour y réussir apprendre à réfléchir stratégiquement, en recherchant tour à tour des mots de telle ou telle catégorie grammaticale, dans l’espoir de pouvoir les associer entre eux et construire une phrase avec: mais ce que la grammaire permet, le sens ne l’autorise pas forcément… Nous avons dans chaque classe retenu une seule phrase et son anagramme: en 5A: « Alice s’était inscrite au cours de gymnastique. » devenue « Cet ours agile essayait de mincir, et tu naquis. », en 5B: « Alice lit un livre d’aventures. » devenue « Le rêveur laid, lui, vit cent ans. » Un groupe de Flsco de 5B s’est lui aussi essayé à l’exercice: partant de « Alice est gentille. » il est arrivé à « Clélia teste le gin. »
  2. Ensuite, ces deux phrases devaient servir de première et dernière phrase d’un texte à écrire collectivement, le but étant bien entendu de faire en sorte que l’on glisse le plus naturellement possible de l’une à l’autre, et que chaque mot de la phrase d’arrivée ait finalement sa raison d’être. La narration devait ainsi rendre cohérentes entre elles la phrase de départ et son anagramme. Les élèves de la classe étaient tous invités à proposer leurs idées de péripéties ou de formulations de phrases, sous la direction du professeur qui les sollicite et les refuse, les compare et les évalue, les oriente ou se laisse surprendre par l’une d’elles… Ainsi ont pris forme d’étranges récits, qui n’auraient jamais existé sans la contrainte qu’ils essaient de surmonter, mais qui sont devenus nécessaires en raison de leur réussite.

Découvrez donc à votre tour dans quelles circonstances « tu naquis », comment l’on « vit cent ans », et quel goût a « le gin »

Fabien GIARD, professeur de Français en 5èmes A et B

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